L’évasion de Michel Baranov

En 1955, beaucoup de journaux du bloc de l’Ouest parlent d’un miraculé tout droit venu de l’URSS : Michel Baranov.

Si l’on parle de Baranov dans les journaux « anti-soviétiques » c’est parce qu’il a réussi l’impossible pour rejoindre ce paradis qu’est l’Occident : s’évader d’un camp de prisonnier dans lequel il était retenus en Sibérie, puis marcher 8 000 kilomètres pour rejoindre le côté américain de Vienneautriche guerre froide.png, tout cela en quatre mois et demi et sans complices.

(l’Autriche ainsi que Vienne sont divisés de la même manière que l’Allemagne et Berlin)

 

Michel Baranov est soldat dans l’Armée Rouge, de 1945 à 1947, il fait partie des soldats qui occupent l’Autriche et la Tchécoslovaquie. Ce poste lui permet de comparer le mode de vie entre l’Ouest et l’Est, très vite il se met à écouter « La Voix de l’Amérique » (une radio américaine directement contrôlée par la Maison Blanche), et c’est ainsi que le soldat Baranov tente de s’enfuir vers l’Ouest en 1947, mais la police tchèque le reprend et il est condamné à 25 ans de travaux forcés dans le camp d’Omsk, un coin paumé en Sibérie.

Bien évidement Baranov ne compte pas purger sa peine au goulag, et ce sont ses connaissances en électricité qui vont l’aider a prendre le chemin de la liberté.

En effet il provoque un court-circuit dans la clôture du goulag d’Omsk, lui permettant de se faire la malle. Ensuite, Baranov entame une longue marche pour rejoindre la frontière polonaise, sans se faire prendre par la police bien sûr. A la frontière il met hors-service le système d’alerte grâce à ses pinces d’électricien précieusement conservées, avant de plonger dans l’eau glacée du Boug pour rejoindre la Pologne, mais Baranov est toujours en territoire soviétique.

Baranov continue sa route vers l’Allemagne de l’Ouest, il est aidé par quelques fermiers amicaux, mais malgré cela il est  tiraillé par la faim, Baranov raconte avoir cueilli des épis de blé,  pour les décortiquer avec ses doigts et mâcher les grains crus.

Baranov échoue et n’arrive pas à rejoindre l’Allemagne de l’Ouest. Mais miraculeusement il trouve un point faible à la frontière tchèque, ce qui lui permet de passer en Autriche

Du côté soviétique de l’Autriche, Baranov se lie d’amitié avec un autrichien qui lui donne assez d’argent pour rejoindre Vienne, et ainsi passer à l’Ouest après quatre mois et demi de marche, et 8 000 kilomètres au compteur.

Des millions de lecteurs européens et américains se sont passionnés pour l’histoire de l’évadé du goulag d’Omsk. Mais c’est trop beau pour être vrai, car oui, Baranov  n’est pas un rescapé d’un goulag mais un agent surentraîné de la Sécurité d’Etat soviétique (sorte de service de renseignement intérieur et extérieur, police politique, contre-espionnage et tout un tas d’activité chouette).

Mais alors qu’est ce qui est vrai et qu’est ce qui est faux dans cette histoire ?

Pour la Sécurité d’Etat, l’opération Baranov, est une « pénétration », c’est le terme technique qui désigne l’action d’introduire un agent à l’intérieur des forces de renseignement ennemi de manière à ce qu’elles l’utilisent sans mettre en doute sa loyauté.

En réalité Baranov est un ancien prisonnier de guerre qui est effectivement détenu au camps d’Omsk. Pour mériter sa liberté et sauver ses proches il accepte le marché que lui propose la Sécurité d’Etat. Le personnage et le rôle qu’il doit jouer font l’objet d’une soigneuse préparation, les moindres détails de son évasion lui sont minutieusement inculqués.

La Sécurité d’Etat le fait évader du goulag d’Omsk sans même prévenir les autorités du camp. Sa marche à travers l’Union soviétique, la Pologne, la Tchécoslovaquie a réellement lieu, elle est composée d’une série d’étape où il reçoit de la nourriture, des vêtements et son ordre de route jusqu’au prochain contact.

Même si l’opération est un succès (malgré son absurdité et son manque de crédibilité) on peut se poser la question de son utilité.

Le but est de renseigner les dirigeants soviétique à propos de ce qu’on sait d’eux et de ce que l’on veut savoir d’eux, grâce à l’agent Baranov. Cette opération n’est qu’une infime partie de la bataille internationale des services secrets.

 

Source :

Ma principale source est le livre de Pierre Deriabine Policier de Staline que je recommande vivement à toute personne intéressée par le fonctionnement de la Sécurité d’Etat qui joue un rôle central dans l’URSS, mais qui est peu connue du grand public.

Aussi ne confondez pas le KGB et la Sécurité d’Etat, puisque le KGB n’est qu’une partie de la Sécurité d’Etat.

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